
A peine sa thèse passée, Gala avait acheté cet appartement situé au bout d'une des plus importantes artères de la ville. Pour une bouchée de pain : le propriétaire n'était autre qu'un vieux chef de service un peu dégueulasse à qui Gala n'avait pas laissé le choix, tu me vends ton appart' pour que dalle ou bien je dénonce au conseil de l'ordre tes mains baladeuses sur les jeunes internes.
Gala aimait s'y prélasser lors de ses jours de repos et y ramener ses diverses conquêtes, féminines comme masculines, féminines surtout. Investie dans la vie du quartier, elle était bénévole dans une association humanitaire venant en aide aux personnes sans abri. En dehors du travail, les médecins d'Aspen étaient généralement plus préoccupés par les diners du Rotary que par le serment d'Hippocrate. Gala, elle, ne supportait pas de croiser en bas de chez elle ces individus loqueteux, bégayant, hagards, tremblants ; ça gâchait le goût de ses plaisirs. Une aubaine pour cette association, une jeune docteur de médecine interne, exactement ce qu'il fallait pour diagnostiquer des types qui avaient l'air atteints de maladies qui n'existent plus en Europe depuis des siècles.
A part son boulot et son activité associative, les passions de Gala étaient charnelles et musicales. La chanson française, qu'elle reprenait au piano avec sa voix légèrement fausse mais suffisamment discrète pour faire l'admiration des partenaires d'un soir qui lui réclamaient de reprendre Bashung, Gainsbourg, Thiéfaine. Parfois la voisine du dessus, Valérie Natache, une ancienne haut-fonctionnaire récemment divorcée de l'ancien ministre Vailland de Chirey, descendait d'un étage pour l'accompagner à la guitare. Une nuit, le Prosecco aidant, elles avaient finies enveloppées dans les mêmes draps blancs et les mêmes bras beiges. La gène ne s'était envolée au petit matin que lorsque Natache lui avait dit tu sais, Gala, tu devrais te mettre à la politique, avec ta gueule, tout le monde va t'adorer. Chiche.